Dysphasie chez les enfants

Dysphasie

Pour des raisons personnelles, je m’intéresse à la dysphasie chez les enfants. J’ai fait beaucoup de lectures à ce sujet et je partage ici avec vous ce que j’en ai appris. Je n’entrerai pas dans les moindres détails – la consultation de spécialistes professionnels est de mise – mais je vais tenter de vulgariser, d’expliquer et de décrire la dysphasie afin que vous puissiez en avoir une bonne connaissance et compréhension.


Qu’est-ce que la dysphasie ?

La dysphasie (aussi appelée aphasie congénitale ou audimutité) n’est pas une maladie ni une déficience intellectuelle. Il ne s’agit pas non plus d’une déficience auditive, d’une malformation des organes vocaux, ni de troubles relationnel, psychoaffectif, d’hypostimulation, du TED (autisme ou asperger), ni même d’une conséquence au bilinguisme. La dysphasie est toutefois considérée comme étant un problème grave de la communication et du développement qui nécessite une approche individuelle et adaptée, notamment aux niveaux familial et scolaire.

La dysphasie est en fait un syndrome neurologique causant d’importantes limitations de la compréhension, du développement du langage, de la parole et de l’écriture. Une dysfonction cérébrale affectant la zone du cerveau lié au langage, souvent dans l’hémisphère gauche, et s’étendant souvent sur les parties du cerveau avoisinantes. La dysphasie ne cause donc pas seulement des problèmes à communiquer verbalement, mais aussi d’autres déficits neurologiques : troubles d’attention, de mémoire, de planification, d’organisation, de motricité, de coordination, de perceptions auditive et visuelle, d’abstraction, de généralisation, de perception du temps et d’orientation. L’enfant n’arrive pas à accomplir des activités liées à son âge et à son milieu.

Le diagnostique de la dysphasie peut être donné dès l’âge de 5 ans sans être confondu avec d’autres troubles du langage souvent bénins et qui se placent avec le temps. Toutefois, certains cas sont légers à 5 ans mais lourds à 12 ans, ou vice versa. Ce problème neurologique affecte de 1% à 8% des enfants dont 50% d’entre eux n’en souffrent plus après l’âge de 8 ans. On remarque aussi que la dysphasie atteint 3 fois plus de garçons que de filles, et qu’il soit normal de voir plus d’un enfant par famille qui en soit atteint. Les causes pathologiques sont encore mal connues, mais on relate souvent des facteurs génétiques, neurobiologiques (épilepsie partielle) et des anomalies neuro-développementales.


Types de dysphasies

Les cas de dysphasie sont de légers à sévères et les répercutions diffèrent souvent d’un cas à l’autre. On ne parle donc pas de la dysphasie, mais des dysphasies. En voici une liste explicative :

Syndrome Phonologique-syntaxique (la dysphasie la plus fréquente)

Cause des déficits du langage (plus de l’expression et moindre de la compréhension). Le langage est ici surtout télégraphique et dépourvu de pronoms simples (je, tu, il…). La motricité manuelle est aussi généralement déficiente.

Dysphasie de production phonologique

Cette version de la dysphasie est semblable à l’autre vue précédemment, mais avec des troubles plus graves à construire des phrases et à prononcer les sons des mots.

Agnosie auditivo-verbale (ou dysphasie réceptive)

Il s’agit d’une des formes de dysphasie les plus graves. Elle cause une incapacité de reconnaissance des objets ou des lieus par les sons qui les caractérisent (bruit de l’eau, crépitement du feu, moteur des avions, bruits de la circulation automobile, d’un train…)

Lexicale-syntaxique (ou dysphasie mnésique)

Cette dysphasie cause de gros problèmes d’expression et un grand manque de mots. L’espace et le temps sont difficilement maîtrisés. L’enfant qui en est atteint a aussi des difficultés à se souvenir de l’ordre des jours de la semaine, à construire un récit cohérent et à comprendre des textes ou même des phrases qui sont longs.

Sémantique-pragmatique

Cause des troubles de formulation. Le vocabulaire est rigide et souvent inadapté aux situations. L’enfant a du mal à comprendre les instructions données et il comprend mal les phrases longues. Il a un contact visuel fuyant et saute souvent du coq à l’âne sans lien apparent.


Signes révélateurs de la dysphasie

Pendant sa première année de vie, l’enfant atteint de dysphasie peut sembler muet et s’exprime surtout en pointant du doigt. À 18 mois, il ne dit aucun mot simple comme maman ou papa. À 24 mois, il est incapable de dire des phrases simples de quelques mots. À 3 ans, juste les proches arrivent à le comprendre car son langage est inintelligible et souvent utilisé hors-contexte.

Par la suite, le discours est peu structuré et le vocabulaire manque. L’enfant n’arrive pas à exprimer ses demandes et ne comprend qu’au premier degré. Il fait donc face à des difficultés à comprendre les consignes scolaires. Il éprouvera des troubles de lecture, d’écriture et de mathématiques. Il se détache facilement du moment présent et prend plus de temps à s’adapter aux changements de routine. Il est facilement distrait, peu attentif et il bouge beaucoup. Lorsque l’enfant atteint de dysphasie cherche ses mots, il ressent une certaine colère. Le tout lui fait vivre de l’insécurité, le poussant à s’isoler, à réagir démesurément et à manquer d’estime personnelle.


Problèmes causés par la dysphasie

Il faut savoir qu’un enfant atteint de dysphasie a une intelligence normale.

Les problèmes causés par la dysphasie sont d’abord des limitations dans la compréhension du langage et l’expression de la pensée. Inévitablement en découlent des troubles d’apprentissage. Les aspects perturbés du langage sont la phonologie, le lexique, la syntaxe, la morphologie et la pragmatique.

Les autres troubles causés par la dysphasie sont de l’ordre de l’attention, de la mémoire à court-terme, de la mémoire du travail, de la verbalisation de la pensée, des fonctions exécutives, de l’organisation et de la perception du temps, de l’orientation dans l’espace, et de la motricité fine ou globale. En découlent souvent la dyslexie, la dysorthographie et la dyscalculie.

L’intégration scolaire est souvent difficile pour un enfant atteint de dysphasie. En classe, il comprend bien mais il exprime mal ses connaissances. Cela lui fait vivre de grandes frustrations et un déficit d’estime personnelle. Dans ses relations scolaires et sociales, souvent les autres enfants ne comprennent pas ce qui cause les problèmes de l’enfant dysphasique. Ils vont alors le juger, le pointer du doigt et s’en moquer. L’enfant dysphasique vit alors du rejet et a tendance à s’isoler.

Voici une liste explicative des troubles importants causés par la dysphasie chez l’enfant :

(Cas légers)

Troubles langagiers

Mauvaises compréhension et expression verbales.

Affecte la syntaxe, la sémantique, la phonologie, la pragmatique, le discours, etc.

Troubles de la perception auditive

Problèmes auditifs liés « à la durée du signal sonore et difficulté de mémorisation des signaux ».

Troubles d’abstraction

Difficultés à diviser les éléments d’un tout. Plus de facilité à comprendre les éléments concrets. Compréhension limité au premier degré.

Troubles de généralisation

Difficultés à appliquer les mêmes connaissances dans différents contextes.

Troubles de perception du temps

Difficultés à comprendre les notions temporelles et à se situer dans le temps.

(Cas lourds)

Trouble praxique

Incapacité à reproduire un mouvement volontaire généralement automatique ou spontané. Apraxies verbale, de construction, idéomotrice et d’habillage.

Troubles moteurs fins ou grossiers

Difficulté avec les mouvements et l’équilibre.

Troubles de la parole

Difficultés d’articulation, de phonation, de fluidité, de résonnance et de prosodie.

Troubles de perception visuelle

Difficultés à interpréter les informations visuelles trop rapides.

Troubles de l’orientation spatiale

Difficultés à se repérer et à s’organiser dans l’espace.

Troubles de comportement

(Souvent liés aux troubles de compréhension et d’adaptation aux situations.)

Distraction facile, hyperactivité ou hypoactivité, dramatisation, fixation sur un détail, impulsivité exagérée, instabilité à répéter une même performance, manque d’anticipation.

Maniérisme

Hyper ou hypo sensibilité tactile


Comment aider son enfant atteint de dysphasie ?

Il faut d’abord ne jamais oublier que la dysphasie n’affecte en rien l’intelligence de l’enfant. Ce dernier possède aussi un sens de l’observation très développé et un important désir de communiquer.

Il est important aussi que l’enfant consulte des professionnels qualifiés : orthophoniste, neuropsychologue et audiologiste.

Lors d’interactions avec son enfant éprouvant des troubles du langage à cause de la dysphasie, il est important de lui parler normalement. Ne pas utiliser un langage bébé et encore moins un ton de reproche ou impatient. Lorsque l’enfant ne trouve pas ses mots, il aura tendance à s’emporter et empirer sa situation. Il faut alors éviter de l’encourager à se calmer. On peut plutôt utiliser la méthode de la suggestion. Exemple, lorsque l’enfant n’arrive pas à s’exprimer, on peut animer la conversation avec lui en lui suggérant : « Tu veux dire ceci ou tu veux plutôt dire cela ? » Lorsque l’enfant ne communique pas une phrase correctement, par exemple il dirait « Veux branche de bain » plutôt que « Je veux une tranche de pain », il suffit de calmement lui répéter la phrase correctement : « Tu veux une tranche de pain ? ». L’enfant aura ainsi le sentiment d’être compris. Aussi, il est très important, lors d’échanges verbaux avec un enfant dysphasique, de s’arrêter et de lui accorder toute notre attention. Il ne faut pas oublier non plus que le langage verbal est quelque chose qui n’est jamais totalement fluide pour qui que ce soit. Il nous arrive tous d’hésiter, de chercher un mot, de s’enfarger dans nos phrases… Il faut donc considérer cela dans la patience que demande un enfant dysphasique.


Ressources

Association canadienne des orthophonistes et audiologistes (ACOA-CASLPA)
Ordre des orthophonistes et audiologistes du Québec (OOAQ)
Ordre des ergothérapeutes du Québec (OEQ)
Fédération des comités de parents de la province de Québec (FCPQ)
Association Québécoise des troubles d’apprentissage (AQETA)
Office des personnes handicapées du Québec (OPHQ)



Sources : dysphasieplus.com, fr.wikipedia.org/wiki/Dysphasie, dysphasie.qc.ca, aphasiequebec.org, centam.ca/dysphasie, dysphasie.org, coupdepouce.com/vie-de-famille/enfant, Mon enfant souffre de troubles du langage et des apprentissages, Avigal Amar-Tuillier, Éditions La Découverte


Luc Archambault
21-01-2011

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2 réponses pour: “Dysphasie chez les enfants”

  1. Vio1ion dit :

    Chapeau ! Excellent article.

    D’habitude, j’accroche sur quelque chose. Mais là, rien à redire ou à préciser.

  2. Éducathèque dit :

    Félicitations pour cette publication. C’est bien expliqué, clair et très utile pour démystifier ce mot trop souvent utilisé à outrance chez les enseignants. Bravo!!

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