Transportons-nous sur DragonFlý, ce monde à des siècles lumière de la Terre. La paix semble y être revenue dans toute sa relativité depuis les rumeurs acharnées sur la destruction de la Couronne de Pierres. Les nains ont retrouvé leur alcool et leurs pioches, les hommes continuent de rêver à de grandes conquêtes et découvertes, et les elfes sont retournés vivre sagement et longuement dans leurs forêts jusqu’à ce qu’Arkena les appelle pour leur donner leurs ailes.
Arkena, un continent suspendu dans la 5e Dimension au-dessus d’un vaste océan, est la terre d’accueil des Angéliques, communément appelé les Anges. Parmi ceux-ci en est un particulièrement jeune. Il était jadis un elfe qui mourut avant son premier centenaire. Ayant sauvé la vie d’autres jeunes elfes contre une mort certaine, il s’était mérité une place au paradis. C’était l’endroit rêvé pour quiconque, mais il s’en était vite lassé. Lui qui n’avait vécu que 94 ans n’avait pas eu le temps d’étancher sa soif d’action et d’aventures. Il en vint à se sentir prisonnier, condamné à exister là où tout est stable et monotone. Il lui arrivait souvent de regarder au-delà de l’horizon et de rêver de s’y envoler.
Par une journée où Solìsünn et Feusoleil brillaient chaudement dans le ciel, le jeune Ange qu’on appelait Élýmn décida de tenter le grand coup. Il serait le premier Ange à sauter hors d’Arkena. Que lui arriverait-il ? Il n’y avait qu’une seule façon de le savoir.
Assis les pieds dans le vide au bout d’un plateau en pierre à l’extrémité sud d’Arkena, Élýmn se leva, pris un élan et se jeta dans le vide les ailes ouvertes. Il croyait pouvoir planer au-dessus de l’océan, mais il n’en fit rien. Il sombra plutôt dans un gouffre noir et perdit connaissance. Lorsqu’il se réveilla, il était dans une caverne sombre. Au bout d’une dizaine de torches murales dansaient des flammes sur l’air d’un souffle régulier provenant du corridor. Élýmn se leva et prit une torche. Il la tint au-dessus de sa tête et marcha vers l’obscurité. Le souffle chaud lui caressait les joues et la peur le faisait frissonner.
Sur le plancher de pierre et de saletés jonchaient des cadavres secs de guerriers ayant probablement combattu ce qui attend le jeune Ange. Si eux, armés de longues épées et de boucliers n’avaient pas survécu, comment lui y arrivait-il avec une simple torche ? Peut-être aurait-il dû prendre une lame, mais l’idée de toucher à un mort le répugnait trop. Il empoigna donc son courage et mis ses pieds un devant l’autre.
Le corridor était long où Élýmn n’avait pour seule compagnie que sa pensée et ses questions. Où le mènerait ce chemin ? Était-ce le souffle d’un dragon ? Pourrait-ce être pire qu’un dragon ? Peut-être sa vie fût trop courte et son séjour à Arkena trop bref, mais il ne connaissait aucune créature plus effrayante qu’un dragon. Peut-être un démon sorti des pires cauchemars des plus grands peureux… ?
Les murs sombres défilaient de chaque côté, mais Élýmn ne les voyait plus. Il était trop terrifié à l’idée de devoir affronter un monstre dont le souffle laissait croire qu’il devait être gigantesque. S’il avait faim, Élýmn ne lui servirait peut-être que pour une bouchée ! C’est du moins ce qu’il préférerait, ne supportant d’imaginer ce que serait pour lui deux bouchées.
Élýmn aurait juré pendant un instant que ce fut la peur qui faisait battre son cœur. Pourtant, il réalisa que l’inconnu lui donnait une certaine sensation qu’il appréciait. Un frisson d’adrénaline traversa ses membres à partir de son cœur. Il ne put s’empêcher de sourire. La peur devint une excitation, puis une hâte. Plutôt que de craindre la bête dont le souffle chaud lui faisait face, il avait hâte de la découvrir. Il cessa d’imaginer un monstre sorti des enfers et se mis à considérer la chaleur du souffle comme réconfortante.
Soudainement, la flamme de la torche s’éteignit. Élýmn n’y voyait plus rien. Il chercha à tâtons, mais il n’y avait plus rien. Son cœur se mit à débattre en imposant un inconfort à l’Ange. Il craignait plus que tout avoir perdu l’occasion de voir ce qu’il y avait au bout du tunnel. Puis, il ouvrit ses yeux. Avait-il rêvé ?
Élýmn sortit et alla sur le plateau de pierre d’où il croyait avoir sauté. Il regarda l’horizon en devant faire face à sa Destinée : allait-il vraiment sauter vers l’inconnu ou passer sa vie à y rêver ?
©Luc Archambault
16-01-2011
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